vendredi 9 décembre 2016

1er décembre 2016 : en image














1er décembre 2016 : Discours du Collectif 06 de Lutte contre le SIDA



ON SE BAT POUR QUOI ? 
ON SE BAT CONTRE QUI ? 

Je reprends les mots de 2015 lors de mon discours et je me rends compte que je peux les faire nôtre encore aujourd’hui. En effet, jamais nous n’avons eu autant d’outils de  réduction des risques d’exposition au VIH et aux IST entre nos mains et jamais nous n’avons enregistré une hausse aussi importante des déclarations de  séropositivité au VIH, et ce en particulier chez les hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes, ici, dans les Alpes Maritimes et plus largement dans la région PACA.

  • 131 déclarations de séropositivité au VIH en 2015 dans les AM, la plus importante hausse depuis 2003
  • 65 % des nouvelles déclarations de séropositivité sont liées à des relations homo-bisexuelles masculines.

Alors, bien évidemment, nous  pouvons nous réjouir de savoir que toutes ces personnes qui ont appris leur séropositivité  connaissent leur état de santé et entreprennent un parcours de soin qui les protège et protège leur-s partenaire-s.

Nous avions aussi tiré la sonnette d’alarme par rapport à ces chiffres. 
  • Qu’est ce qu’il faut faire de plus pour que nous soyons entendus ?
  • Qu’est ce qui fait qu’on en soit encore et toujours au même point ?

enfin … dans une situation plus grave que jamais parce que le nombre de contaminations au VIH et aux IST augmente chez les HSH, et continue à marquer son empreinte chez les personnes trans, les travailleuses-eurs du sexe et les migrants d’afrique sub-saharienne.

A l’heure où l’éventail des outils est toujours plus fourni avec la PrEP (qui arrive en centre ville), les tests de dépistages rapides pour le VIH au plus près des personnes, les tests pour les IST, les préservatifs, les autotests, le traitement des personnes séropositives, etc., il y a encore beaucoup trop de personnes qui ignorent leur séropositivité, beaucoup trop de temps entre la contamination et la découverte de séropositivité, beaucoup trop de craintes et d’idées préconçues vis à vis des personnes séropositives !

Si ce ne sont pas les outils qui manquent, c’est le climat social dans lequel nous sommes aujourd’hui en France qui rend difficile leur accès aux personnes fragilisées. 

Alors, je reprendrai des mots de militant  : " ... de quoi les homosexuels, les trans, les consommateurs de produits et les prostituées-és devraient-ils continuer à se protéger " et je rajouterai contre quoi doivent ils ou elles se battre ? Dans le contexte actuel, et à quelques mois d’échéances électorales nationales lourdes de menaces, les réponses pourraient se lire comme un éventail, tant elles sont intimement liées : se protéger des infections sexuellement transmissibles, se protéger des homophobes, se protéger des tentations sécuritaires et racistes, mais aussi se protéger des normativités étroites [autrement dit être assigné à une place définie]… Autrement dit : prendre soin de soi et des autres, et tracer des solidarités nouvelles” nous sommes toutes et tous concernés-es.

Je crois qu’en effet, une partie de notre lutte tient dans la dénonciation perpétuelle et acharnée des paroles, des actes qui s'opposent à nos libertés de tox, de Pédés, de Trans et de leurs Allié-e-s. Ces propos haineux font le lit de cette épidémie et rendent ceux et celles qui les soutiennent responsables pour une part des chiffres actuels. J'ai le sentiment que ces discours, tout de même, interpellent et amènent certaines personnes à comprendre, à moins stigmatiser, juger les communautés les plus vulnérables au VIH, à l'exclusion, à la misère. Est ce de la naïveté ? Il reste tant à faire. Ces dernières semaines par exemple, la campagne d’affichage sur la promotion des outils de réductions des risques d’exposition au VIH portée par SPF parle d’elle même. Nos communautés font l'objet d'attaques virulentes, stigmatisantes, blessantes, organisées et soutenues par les conservateurs de tous bords. Certains droits que nous avions arrachés au prix de centaines d'heures d'engagement, de marches,  de protestations, de tribunes, d'actions de soutien sont remis en cause par ces mêmes personnes, je citerais en particulier la Manif pour Tous et leurs alliés.

Nous avons rarement vu un tel déferlement positif sur nos murs. La colère et le besoin irrépressible de résister à ce que nous estimons être une injustice incroyable sont exprimés depuis que des Maires homophobes ont pris des arrêtés municipaux contre une campagne de lutte contre le sida, les déclarations sur le mariage et le reste. 

Aujourd'hui, nous avons des soutiens qui s’expriment dans les médias, sur les réseaux sociaux. Ils sont un signe positif de notre capacité d’indignation  qui reste bien vivante. 

Le 1er décembre, comme chaque année, c'est la journée mondiale de lutte contre le sida. Cette manifestation est organisée ce soir, pour exprimer notre fierté, être visibles,  pour ne pas oublier les mort-e-s du sida que certain-e-s insultent aujourd'hui, pour parler de prévention, de droits, de luttes pour la santé des communautés les plus exposées.

Alors, cette année, nous allons être nombreux et nombreuses à montrer aux sérophobes, homophobes, transphobes,  que nous ne nous laisserons pas faire !

Stéphane Montigny
Président de AIDES 06
pour le Collectif 06 de Lutte contre le SIDA
1er décembre 2016